18 juin 2009

Le chauffeur de la navette était portugais

Depuis que je travaille dans le quartier d’affaire de Clichy, quelque part coincé entre un pont, la Seine, et des immeubles en béton, je rentre tous les soirs en navette jusqu’à la gare. Le conducteur de la navette est en général bien bavard en anecdotes de toutes sortes, entre des cousins en prison, un oncle à scandales ou le problème de ces gens qui travaillent tellement au lieu de profiter de la vie.

Parmi la bande de loustics qui officie sur les routes clichyssoisses, un petit nouveau a déjà gagné le podium des meilleurs chauffeurs. Voyez donc, alors que je me plaignais de la tristesse du quartier, un soir, vers 20h, sur la route du retour, il me dit « Moi, quand j’ouvre ma fenêtre, j’ai une splendide vue sur le jardin de Luxembourg. »

Et de confirmer « Ma mère est gardienne d’un immeuble dans le 6ème arrondissement. Et c’est plutôt la belle vie. Dans l’immeuble on croise des baronnes et des châtelains. Même que la dame du troisième est copine avec la reine d’Angleterre ! »

« Oh, ça, vous savez, ce ne sont pas des gens qui ont besoin de travailler. Ils sont des immeubles partout, des actions dans les grandes entreprises et des domaines. Les caves sont remplies de bouteilles à 10 000 € ! C’est le cuisinier de la dame du second, Bertrand, qui m’a raconté, qu’on ne se prive pas d’en ouvrir de ces bouteilles pour le diner. »

« Et ils ont très gentils, très simples. Toujours ils demandent à ma mère comment je vais, et la famille. Dès fois, je rends des petits services. Tiens, l’autre jour, j’ai aidé la dame du troisième à monter sa valise. Elle m’a donné 50€ ! Je lui ai dit, c’est beaucoup, elle a insisté, ça lui faisait plaisir ! Alors je ne vais pas refuser deux fois ! »

« Mon père, lui, il est chauffeur de taxi. Il me dit je suis un lèche-cul, trop gentil avec ces gens là. Mais quand on me propose 150 € pour nettoyer une voiture, j’accepte, moi je suis agréable, courtois avec ceux qui donnent de l’argent ! »

« Ma mère, est très appréciée dans l’immeuble. Vous savez, les Portugais, sont les meilleurs gardiens d’immeuble, les Espagnols, ça dépend. Mais les Français, non, c’est pas du tout bien apprécié ».

« Au Portugal, les gens font trop attention aux classes sociales. J’ai un cousin qui se fait appeler Docteur. Il a juste crée son entreprise, il n’a pas spécialement beaucoup de diplômes, mais que voulez-vous, il tient à son rang. »

Fin du voyage, vivement la suite…

13 avril 2009

Déménager en se ménageant

Un déménagement, c’est un jour dramatique pour ceux qui déménagent et une grande comédie pour ceux qui les accompagnent. Comme dans toute bonne série américaine, il y a des quotas de personnages : un leader, des gros bras, quelques planqués, et une poignée de pessimistes « on n’aura pas le temps, on ferait mieux de décaler le déménagement à demain ! ».

Par exemple, il y a toujours une personne qui surveille le camion. Un boulot visible et pas trop fatiguant. Plus malin, celui qui prend de l’avance, « je prends les devants et vais ouvrir la porte du garage ! » Et hop, au moins 20 minutes peinard à fumer une cigarette au balcon.

Il y a aussi ceux qui restent en retrait. « Je range l’appartement ! Je nettoie et passe l’aspirateur ! » C’est vrai que pour un état des lieux de sortie il faut au moins passer l’aspirateur pendant une journée. Dans le même genre, il y a le roi du gueuleton. « Je vais chercher des pizzas et des bières », annonce-t-il fièrement, avant de revenir une demi heure plus tard, reposé, et triomphal, passant aux yeux de tous pour un héros.

Doté d’une longue expérience en déménagement, j’ai moi-même fini par développer ma propre spécialité. Il s’agit de passer du temps dans les escaliers. Au camion : « Ouh ! Il n’y a plus trop de place, je vais les prévenir, là-haut ! ». Une fois en haut « Aïe ! Je ne sais pas si le fauteuil va rentrer, je descends vérifier le camion ». Et hop, deux ou trois allers retours les mains vides de gagnés, et l’impression donnée à tous d’être sacrément utile.

Attention cependant que ces jeux de rôles ne transforment le déménagement en fiasco. C’est pourquoi il faut au moins quelques courageux et gros bras. Rien de tel qu’un jeune fiancé cherchant à impressionner sa dulcinée. J’ai ainsi pu voir un type porter à lui tout seul un frigo, à grand renfort de transpiration et de rendez vous chez le kiné.

07 avril 2009

La dame aux 1000 trucs

Passez la porte de ce pressing de quartier, vous n’y trouverez qu’une vielle boutique parmi tant d’autres. Moquette délavée, tubes fluo jaunes au plafond, robes et cravates oubliés sur des portants de l’entrée, accumulant la poussière et comptant les années.



Derrière un comptoir en marbre brun massif, que tellement il est vieux que même les archéologues ils ont rien trouvé d’aussi vieux dans les fouilles de Pompéi, se trouve la dame du pressing. Ni vieille ni jeune, elle affecte un sourire figé aux clients.



« Repassez jeudi », « repassez vendredi » ou encore « repassez lundi » devraient être les répliques principales de ces journées. Pourtant, on vient de tout le quartier lui demander conseil. D’ailleurs, elle ne peut pas s’empêcher de glisser des astuces de grands-mères à ses clients.



Un souci avec une tâche de café ? Surtout pas d’eau, et encore moins de sel, mais Madame Pressing vous promet des merveilles d’efficacité avec ses recettes spéciales de savon. Un secret que l’on se transmet de génération en génération, de dame de lavoir à dame de pressing.



Pour ranger les pantalons dans l’armoire ? Rien de tel qu’un carton enroulé autour d’un cintre pour bien conserver un pantalon sans pli. Une astuce pratique, et à la portée de toutes les bourses.



Pris dans la discussion, et tenté par l’expérience de sociabilité avec un contemporain, je lui explique que mon chat a pris la mauvaise habitude de dormir dans les pantalons, polluant mes habits de tous ses poils.



« Pour les chats, j’ai mon astuce, je les regarde droit dans les yeux et je dis ‘pas bien, pas bien’ ! »


Parler à un chat ! Et pourquoi pas nettoyer une tâche de café avec du sel !